Le CEET, avec le soutien du Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP), organise une journée d'études sur le thème "Des ouvrier·es-fonctionnaires ? Segments subalternes de la fonction publique et transformations de l'être et du faire de l'État" le mardi 2 février 2027 au Conservatoire national des arts et métiers (Site du Landy, Saint-Denis) et lance un appel à communication.
Dans un dossier de Sociétés contemporaines paru en 2005, Christelle Avril, Marie Cartier et Yasmine Siblot rassemblaient un ensemble de travaux portant sur le rapport aux services publics des classes populaires, que celles-ci en soient les usagères ou les travailleuses (Avril et al., 2005). Actant d'une relative méconnaissance des employé·es subalternes du secteur public, leur dossier éclairait à partir d’études de l'État « par le bas » les pratiques et les représentations qui construisent leur rapport aux administrations (Siblot, 2005). Ces recherches montraient alors que la fonction publique constituait une voie d'ascension sociale pour ces salarié·es à statut (Cartier, Retière et Siblot, 2010) issus des classes populaires (Gollac, 2005 ; Gervais, Lemercier et Pelletier, 2021 : 345) bien que certaines réformes dites modernisatrices aient affecté la situation de ces agent·es de terrain (Langumier, 2005).
Plus de vingt ans plus tard, ces constats sont-ils toujours d’actualité ? Cette journée d’études entend explorer à nouveaux frais ce « bas de l'État ». Dans la continuité de la dénomination d'ouvrier·es-fonctionnaires proposée par Julien Langumier, elle se concentre sur un segment méconnu d’agent·es : celles et ceux qui réalisent une activité proche d’un travail ouvrier, en charge d’une pluralité d’activités moins visibles et pourtant nécessaires au fonctionnement des institutions publiques (hygiène, restauration, maintenance, espace verts, travaux publics, manutention…), et ce quel que soit leur versant (d’État, territorial, hospitalier). S’il est indéniable que la situation statutaire – une position professionnelle « plus avantageuse » (Amossé, Chardon, 2006) – joue un rôle structurant dans la stabilisation matérielle et professionnelle d’une partie de ces classes populaires (Cartier, Retière, Siblot ; 2010), il est nécessaire de ne pas mettre de côté les conditions subalternes de travail de ces agent·e·s, soit « bas salaires et incertitude de l’emploi, dureté et contrôle du travail, faibles perspectives d’ascension professionnelle » (Siblot et al, 2015 : 90). Alors que plusieurs travaux, aujourd'hui classiques, ont rendu compte de la transformation du monde ouvrier face aux transformations économiques contemporaines (Beaud et Pialoux, 1999), nombre de travaux ont quant à eux pointé la transformation du secteur public, marqué par les phénomènes de contractualisation de ses agent·es ou de privatisation de ses missions.
Comment les différentes dimensions – qu’elles relèvent de protections matérielles ou de formes de reconnaissance symbolique – et transformations contemporaines du statut de fonctionnaire reconfigurent-elles, atténuent-elles ou au contraire renforcent-elles les caractéristiques associées à une condition ouvrière, elle-même en mouvement ? Et qu’est‑ce que l’étude de ces ouvrier·es-fonctionnaires révèle des formes concrètes d’incarnation et de rapports ordinaires à l’État et au politique ? (Spire, 2016, 2026). Les multiples activités, invisibilisées, disqualifiées, subordonnées et parfois même externalisées des ouvrier·es du service public disent quelque chose de ce que l’État est, ou du moins, prétend faire et posent ainsi directement des enjeux définitionnels. Alors que l’existence de ces personnels donne à voir des institutions au sein desquelles l’État a eu ou a encore « vocation à s’occuper de tout » ou presque, comment ces personnels conçoivent-ils leur rôle au sein du service public ?
Ce projet de journée avance sur trois axes. D’abord, il cherche à cartographier ces professions, du point de vue de l’histoire des corps, des statuts d’emploi et des trajectoires professionnelles, afin de comprendre leurs transformations modernes au prisme des réformes successives de la fonction publique (axe 1). Ensuite, il entend s’intéresser au travail de ces agent·es afin de renseigner comment s’opère la division du travail à la base des organisations publiques, les liens pouvant exister avec les usager·es et les formes de revendications de savoir-faire particuliers (axe 2). Enfin, il propose de questionner les relations professionnelles et la politisation propre à ces groupes professionnels publics qui sont parfois caractérisés par leurs bas salaires, leurs conditions de travail pénibles et qui, par ailleurs, sont directement concernés par les externalisations et privatisations croissantes de leur type d'activités (axe 3).
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